23.11.2010
Le discours de Jean-Luc Mélenchon au congrès du Parti de Gauche
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27.02.2010
Une polémique navrante
Tout commence par un article de Nice Matin :
Yvan Colonna, "héros tragique" du roman d'un Niçois
4 janvier 2010
Pour Roland Laurette, Yvan Colonna est « le jouet de forces qui le dépassent et le broient. »
Niçois d'adoption, longtemps professeur de lettres au lycée Beau-Site, Roland Laurette publie aux éditions L'Harmattan un roman polémique. Six mois après la condamnation en appel d'Yvan Colonna à la peine maximale, il voit dans le berger de Cargèse un « héros de tragédie classique ».
Pourquoi vous être emparé du dossier Yvan Colonna?
Mon épouse a des racines à Cargèse, nous connaissons la famille d'Yvan Colonna et j'ai même eu l'occasion de lui donner des cours de français quand il préparait son bac. Mais aucune de ces raisons ne saurait constituer une explication suffisante. C'est d'abord la colère qui m'a motivé. Voilà un homme auquel le doute aurait dû bénéficier et qui a pourtant été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité, avec une peine de sûreté de 22 ans. Un principe fondamental du droit a été bafoué, c'est indigne de la République. D'autre part, l'écrivain que je suis ne pouvait pas rester insensible à cette affaire qui est une tragédie, au sens propre du terme. Une tragédie à l'antique, dont le héros est le jouet de forces qui le dépassent et le broient.
La forme romanesque est-elle appropriée?
J'ai écrit à Yvan Colonna pour l'informer de mon projet. Dans un premier temps, il ne s'y est pas opposé. Par la suite, alors que le livre était écrit, il m'a fait savoir qu'il ne voulait pas le voir publier. N'écrivant pas sous sa dictée, me tenant au contraire à distance, j'ai privilégié ma liberté d'auteur. J'ai toutefois modifié les noms propres et les lieux. J'ai aussi consenti à ce que rien ne soit publié avant le procès en appel.
Vous le dites innocent. Sur la base de quels éléments?
Ce roman n'est pas destiné à démontrer l'innocence d'Yvan Colonna. Mais je rassemble beaucoup d'éléments dont certains sont nouveaux. Notamment sur la cavale de quatre ans. Des tas de gens avaient intérêt à ce que Colonna disparaisse, y compris parmi ceux qui l'accusaient d'avoir assassiné le préfet Érignac. Par conséquent, les proches qui le protégeaient lui ont souvent proposé de l'aider à quitter la Corse. Lui a toujours refusé, considérant qu'un jour, on accepterait de l'entendre. Grave erreur.
Et sur les faits eux-mêmes?
Je relève des accusations portées contre lui qui ne sont pas concordantes. Je reviens aussi sur les déclarations des témoins oculaires montrant qu'il y avait sur les lieux de l'assassinat, le 6 février 1998 à 21 h 05, deux individus dont aucun ne correspondait à Yvan Colonna. Faute de preuves matérielles, il ne devait pas être condamné. Dans le système judiciaire anglo-saxon, on ne l'aurait même pas renvoyé devant une cour d'assises.
Qui, selon vous, a tué le préfet Érignac?
Un commando nationaliste à la dérive a voulu « entrer dans l'histoire » en assassinant le représentant de l'État. Mais je pense qu'il y avait derrière ce petit groupe des mafieux, en partie corse, animés par des intérêts différents. Deux points : un témoin a noté l'immatriculation - fausse - d'une 205 blanche qui, selon moi, a servi à exfiltrer le tueur. Et le préfet tenait un journal dont il voulait s'inspirer pour un livre sur son passage en Corse. On ne l'a jamais retrouvé.
Comment expliquez-vous le comportement de Colonna ?
La première fois qu'il a été condamné, il s'est tourné vers les membres de sa famille pour leur dire : "Ne pleurez pas devant ces gens!" Cette phrase clé témoigne de sa fierté, de son inflexibilité.
Fierté ou orgueil ?
C'est un homme orgueilleux, intraitable. Ce qui en fait le "héros tragique" dont je parlais, à la façon d'Achille dans l'Illiade. Achille n'était pas sympathique, il n'en est pas moins un héros.
Qu'attend-il de son pourvoi en cassation ?
Je ne sais pas. Même s'il obtient gain de cause, Yvan Colonna sera rejugé. Que peut-il espérer ?
Partagez-vous certaines idées d'Yvan Colonna ?
Yvan Colonna avait rompu avec l'activisme au début des années 90. Pour ma part, je crois que l'indépendance serait une catastrophe pour l'île, mais je comprends assez bien que des Corses réclament l'autonomie. Naturellement, je condamne avec la plus grande fermeté l'assassinat du préfet Érignac et toute forme de violence.
- Le Roman de Ghjuvanni Stephagese - Clés pour l'affaire Colonna, Roland Laurette, aux éditions L'Harmattan. 238 pages, 20 euros.
Article suivi par celui-ci le 13 janvier dans Corse-Matin :
Yvan Colonna : "Je n'ai jamais donné mon accord pour un livre"
Désormais l'affaire Colonna a son roman. Et cette publication n'enchante pas le principal intéressé qui attend son pourvoi en cassation dans le dossier du préfet Erignac. Yvan Colonna n'a pas apprécié du tout l'interview donnée à Nice-Matin (Cf. le 4 janvier 2010) par Roland Laurette, l'auteur d'un roman polémique intitulé : « Roman de Ghjuvanni Stephagese- clés pour l'affaire Colonna ». Roland Laurette s'inspire clairement de l'affaire Colonna. Entre non-fiction et vraie-imagination, l'ouvrage est, certes, un plaidoyer pour le berger de Cargèse innocent, prisonnier d'une tragédie... Mais Yvan Colonna n'a pas donné son accord pour que ce roman soit publié.
Depuis sa cellule de Fresnes, il nous a adressé un courrier pour démentir les propos de l'auteur Roland Laurette, qualifiant cette mise au point « d'importante ».
« Ce monsieur a affirmé que je n'étais pas opposé à son projet de livre : c'est absolument faux ! A ce jour, je n'ai jamais donné mon accord pour un livre, que cela soit à M. Laurette ou à n'importe qui d'autre. Quant à ses propos, bien entendu, ils n'engagent que lui. Ni moi, ni ma famille, ni mes amis », écrit-il, pour lever toute ambiguïté.
Selon nos informations, Yvan Colonna n'a jamais eu de contacts directs avec l'auteur du roman : il ne l'a pas reçu au parloir, il n'a pas échangé de courrier. Mais sa « parole » aurait été relayée par des proches.
Un « malentendu » serait à l'origine de cette affaire.
Au départ, l'oeuvre aurait été présentée à la famille Colonna comme une « contre-enquête » et au final l'auteur aurait fait le choix du romanesque.
De plus, la fiction de Roland Laurette repose souvent sur des témoignages qu'il a pu recueillir de manière privilégiée auprès de proches, puisque l'auteur est membre actif du comité de soutien d'Yvan Colonna.
« Mais Yvan ne souhaite pas qu'on se serve de son nom. Il ne souhaite pas être le héros de tragédie. Le roman le situe dans une autre dimension et ce n'est pas son actualité », regrette sa famille qui ne souhaite néanmoins pas polémiquer.
Résultat : le personnage principal a refusé de lire l'ouvrage, la famille « n'a pas aimé » et le roman est ignoré par le site officiel du comité de soutien à Yvan Colonna.
P. C.
Et enfin, la réponse de l'auteur :
Roland LAURETTE
Je n'avais par protesté contre le black-out dont mon roman était l'objet sur le site mais là les bornes du supportable sont franchies même si, depuis, les diatribes ont été effacées. Je suis donc contraint d'utiliser d'autres canaux pour rétablir la réalité des faits. Ce texte sera long car toute explication de la vérité demande toujours plus de temps et de minutie que l'injure et le procès d'intention. Il sera aussi l'occasion d'une réflexion sur l'action des comités de soutien.
1- L'AGRESSION : Le 4 janvier, Corse-Matin et Nice-Matin publiaient une longue interview de moi réalisée trois mois plus tôt et concernant la sortie chez l'Harmattan de mon roman :
LE ROMAN DE Ghjuvanni STEPHAGESE clés pour l'affaire Colonna
J'y réaffirmais ma certitude de l'innocence d'Yvan et les raisons qui m'avaient conduit à écrire un roman à propos de cette tragédie. J'y rappelais aussi l'opposition d'Yvan à un ouvrage sur lui, même si, dans un premier temps, il n'avait pas dit non. Ce dernier point lui est apparu ambigu et il a fait parvenir au journal une mise au point dans laquelle il dit qu'il a toujours été opposé à tout ouvrage sur lui. Il n'apporte donc rien de fondamentalement différent de ce que j'ai dit de moi-même. Le problème naît des commentaires qui accompagnent cette réponse et surtout de 2 ou 3 messages parus sur le site à partir des propos de Christina Bianca Troncia qui va bien au- delà de ce que dit Yvan et s'ingénie à verser de l'huile sur le feu. Elle accuse l'auteur du roman de vouloir « se dorer la pilule ». Elle avait été plus explicite trois mois plus tôt : elle m'accusait de vouloir me « faire du fric et de la notoriété sur le dos d'Yvan ».
Quelques éclaircissements sont nécessaires au moins pour ceux qui se sont engagés parce qu'ils sont convaincus, à juste raison, qu'Yvan Colonna est victime d'un déni de justice. On notera que cette lettre n'est jamais critique à son égard car ce qu'il subit est terrible.
2- L'ESSENTIEL : Ce qui me paraît le plus important d'abord, c'est qu'aucun de mes détracteurs ne conteste la véracité des faits que je rapporte. Aucun de mes interlocuteurs dans les salons du livre, les conférences-débat que j'anime, aucun journaliste ne m'a jamais reproché la moindre erreur. Une journaliste de Corse-Matin a écrit au contraire que j'avais manifestement eu accès au dossier. Au mois d'août dernier, l'avocat principal d'Yvan m'a même demandé d'être le rédacteur de ce livre blanc annoncé pour l'automne 2009 et qui n'est toujours pas paru. Il faisait valoir pour me convaincre que ma connaissance du dossier me permettrait d'aller très vite. Mon roman dit la vérité, donc.
3- LE REFUS D'YVAN : On me reproche d'avoir passé outre la volonté d'Yvan. Je vais dire ici comment, en fait, les choses se sont passées.
A- Remarques préalables :
a/- En exprimant son désaccord avec un ouvrage qui lui est pourtant si favorable, Yvan donne, s'il en était besoin, une nouvelle preuve de son innocence. Car, s'il avait la duplicité dont le taxe l'accusation, il aurait bien évidemment applaudi à tout ce qui plaiderait en sa faveur. Il a, au contraire, récusé tous les ouvrages parus sur lui. Il l'a fait sans avoir lu aucun des manuscrits concernés. Quelles sont les raisons de ces refus de principe ? On pourra dire sans crainte de se tromper qu'il a horreur de parler de lui et qu'on parle de lui. Seulement voilà : des milliers de pages ont déjà été écrites sur cette affaire. C'est ainsi. On n'a aucun moyen de s'opposer à la parution de textes hostiles. Ils sont pourtant l'immense majorité. Renoncer à écrire en sa faveur, ce serait donc laisser le champ libre à ses adversaires. Est-ce tenable et responsable, surtout maintenant que ceux qui ont couru le risque de l'aider dans sa cavale sont poursuivis à leur tour ?
b/- Ouvrir le dossier de l'affaire Erignac permet d'aboutir très rapidement à la certitude de l'innocence d'Yvan. La police et les juges d'instruction antiterroristes ainsi que les deux Cours « spécialement constituées » qui ont jugé Yvan ne pouvaient pas l'ignorer. C'est donc en connaissance du déni de justice que la Cour d'Assises et la Cour d'Appel spéciales l'ont condamné. C'est en ce sens que ce qui est devenu l'affaire Colonna est une affaire d'Etat. A partir de là, elle ne concerne plus seulement la personne d'Yvan même si c'est sa vie à lui qui a été brisée (pas plus que l'affaire Dreyfus ne concernait le seul Alfred Dreyfus) ; elle ne concerne pas davantage seulement les Corses même si la question corse a joué son rôle dans les calculs du pouvoir politique qui a tout fait pour verrouiller l'appareil judiciaire. L'affaire Colonna concerne directement chaque citoyen de ce pays puisque c'est le fonctionnement de nos institutions et les libertés fondamentales qui sont en jeu.
B- La genèse du roman : Je connais les Colonna depuis près de 40 ans. Je me suis donc intéressé particulièrement au drame qui les frappait et je me suis peu à peu convaincu de l'innocence d'Yvan. Quand tombe le verdict de la perpétuité à l'issue du procès en première instance (décembre 2007), je suis tellement scandalisé que je décide de ne pas rester les bras croisés et puisque je suis romancier, j'échafaude le dessein d'écrire un roman sur cette affaire. J'en parle aux parents qui me préviennent qu'Yvan a déjà refusé plusieurs projets d'ouvrages le concernant mais, puisque le mien est particulier, ils me renvoient vers les avocats. Ceux-ci (sauf Me Siméoni qui était en campagne électorale et qui ne m'a jamais rappelé) se rallient d'enthousiasme à ce projet. Ils pensent qu'en l'absence de fait nouveau avant le procès en appel, mon roman peut être une aubaine (après sa parution, ils qualifieront le roman d' « opportun »). Ils m'encouragent donc vivement à aller de l'avant. Je leur demande toutefois d'interroger Yvan. Je souhaite en effet sa collaboration qui serait une aide incomparable et je demande au minimum sa neutralité bienveillante. Celui des avocats qui en parle à Yvan me rapporte qu'il n'a pas donné son accord mais qu'il n'a pas dit non.
L'avocat se fait fort d'aller plus loin et de le convaincre. Dans les six mois qui suivent, on me parle comme si cet accord était acquis. On me pousse à écrire et on m'ouvre ces portes sans lesquelles je n'aurais pas obtenu la somme extraordinaire d'informations qui font de moi l'un de ceux qui connaissent le mieux ce dossier. Beaucoup de témoins et d'acteurs de cette histoire acceptent de me parler à coeur ouvert en sachant très bien quel est mon projet et parce qu'ils ont le sentiment d'aider Yvan. Leur bonne foi est totale.
De mon côté je me suis jeté, nuit et jour, à coeur perdu dans un travail obsessionnel. J'accomplis en six mois ce qui m'en aurait demandé quatre fois plus en temps normal. Pour cela, j'abandonne le roman auquel je travaille depuis deux ans ; je sacrifie le festival de musique que j'anime et l'association loi 1901 qui le met en oeuvre ; inutile de parler de la vie de famille.
J'ajoute que je ne me contente pas de collecter des informations : je les mets en perspective et en forme. C'est cela qui permet une présentation parlante et une démonstration pédagogique de l'innocence d'Yvan.
Quand le manuscrit est achevé, je le fais lire à la famille. Contrairement à ce qui a été écrit, la majorité de ses membres l'ont (beaucoup) aimé. Aucun ne m'a dit, « tu ne peux pas écrire cela » ; tout au plus m'a-t-on suggéré de gommer quelques détails susceptibles de blesser inutilement tel ou tel qui ne le méritait pas.
Fin 2008, je présente le manuscrit à quelques éditeurs. Un grand éditeur parisien me téléphone chez moi pour me dire : « Je ne croyais pas à votre projet mais je dois reconnaître que vous vous en êtes tiré de façon magistrale. Cependant, nous n'irons pas... ». Mesure-t-on ce que signifie ce « nous n'irons pas » dans un contexte où le pouvoir s'était tellement engagé contre Yvan ? Les grands éditeurs n'iraient pas à la bagarre. Fallait-il capituler ? Un éditeur corse, pour sa part, dit le manuscrit « très bon, tout à fait publiable quant au fond et à la forme ». Finalement, il renoncera à le publier après avis de Me Simeoni (qui n'a pas l'élémentaire courtoisie de m'en parler). Me Simeoni « ne souhaitait pas voir se multiplier les ouvrages-plaidoyers » avant l'appel car « cela pourrait accroître la pression médiatique avant un procès qui méritait un traitement judiciaire plus serein ». La suite montrera malheureusement à quel point cette analyse était erronée et ce qu'il en a été de cette fameuse « sérénité » de la justice.
C'est finalement l'Harmattan qui accepte la publication parce que cette maison s'est fait une spécialité de la liberté d'expression et parce que la question du profit n'est pas sa préoccupation première.
Là-dessus, à la mi-décembre, Me Garbarini, mandaté par Christine Colonna, la porte-parole de la famille, m'appelle pour me demander de renoncer à mon projet.
C- Fallait-il donc renoncer ?
C'était une grave question et j'ai beaucoup réfléchi avant de prendre ma décision. Le 15 décembre 2008, par courrier électronique, je m'étonne auprès de la porte-parole qu'on ait attendu que le roman soit terminé pour estimer qu'il fallait que je l'abandonne sans me donner le moindre mot d'explication et qu'on me le fasse savoir par avocat interposé ; je lui propose que nous en discutions ensemble pour arriver à un compromis qui ne lèse personne. Cet entretien, je n'ai jamais pu l'avoir. J'ai de sa part un courrier en date du 17 qui a au moins le mérite d'admettre le déroulement des faits tel que je l'expose ci-dessus et de reconnaître ma bonne foi. En l'absence de tout contact direct, je lui réponds par le même canal pour lui exposer mon analyse et mes décisions.
Je fais savoir que j'irai jusqu'au bout. Pourquoi ?
Le roman n'est plus un projet mais une réalité. Il a un éditeur. Il m'a demandé une considérable dépense d'énergie. J'avais informé tout le monde en temps utile.
En somme, on m'a fortement poussé à écrire ce livre. Et une fois qu'il est terminé, on me somme d'y renoncer. Désinvolture à l'égard de l'écrivain ? La porte-parole parle aujourd'hui de malentendu.
Admettons. Mais au bout du compte pourquoi aurais-je dû sacrifier mon travail et l'oeuvre produite ? Lèse-t-elle Yvan ? Gêne-t-elle sa défense ? Des milliers de personnes qui l'ont lu pensent le contraire. Je ne vois pas ce que sa parution enlève à Yvan ; je vois bien à l'inverse de quoi son sabordage aurait privé la lutte contre les atteintes aux libertés.
Des textes de toute sorte sont sortis sur Yvan (surtout contre Yvan). Cela n'a jamais soulevé la moindre protestation. Je serais fondé à me demander quel étrange masochisme laisse passer en silence ce qui discrédite et proteste devant ce qui soutient. Je défie quiconque de trouver dans mon oeuvre la moindre atteinte à l'honneur et à l'image d'Yvan. Quand j'avais posé la question à ses parents, je l'avais fait par amitié pour eux. Rien ne m'y obligeait : la plupart des éléments que je rapporte sont entrés dans le domaine public et le reste est imaginaire. En fait, la mise au point d'Yvan donne de la crédibilité à mon roman puisqu'il n'est donc pas un ouvrage de commande.
Voilà ce que j'ai écrit à Christine Colonna début janvier 2009. Mais je lui disais aussi que j'allais tenir compte de l'avis de Me Simeoni et de la position d'Yvan : d'une part, pour ne pas risquer d'altérer si peu que ce soit la sérénité de la justice, le roman paraîtrait après le procès ( Si j'étais aussi intéressé que le prétend C.Bianca Troncia, j'aurais maintenu la sortie du livre à la date prévue pour bénéficier au maximum de l'effet médiatique. Et, rétrospectivement, compte tenu du déroulement du procès, je considère qu'en cédant sur ce point, j'ai commis une erreur préjudiciable à Yvan). d'autre part, il ne serait plus celui d'Yvan Colonna. Tous les noms propres et les noms de lieux seraient changés ainsi qu'un certain nombre de détails. Cela permettrait au récit d'acquérir une exemplarité plus grande puisqu'il sortirait des limites dans lesquelles j'avais accepté de l'enfermer.
J'ajoutais mon souhait que ma lettre soit communiquée à Yvan. Je ne sais pas si cela a été fait.
4 – ON ME REPROCHE AUSSI (Joëlle Croce) D'AVOIR EVOQUE L'INTIMITE D'YVAN. C'est vrai et faux. Toutes les scènes d'intimité sont, par définition, des scènes imaginaires. Elles restent toutes extrêmement pudiques. Une lectrice corse m'a écrit au sujet du roman : « Tout y est avec la chair autour ». La vie privée, c'est cette « chair ». C'est ce qui permet au lecteur extérieur de s'intéresser à l'affaire Colonna. C'est exactement ce qui crée l'empathie avec le personnage. J'ai de nombreux témoignages qui vont dans ce sens.
N.B. Le site d'Yvan Colonna présente des photos d'Yvan avec sa compagne et son fils qui relèvent de l'intimité familiale. La presse de son côté a évoqué à plusieurs reprises cette vie privée. La compagne d'Yvan, elle-même, a répondu à des interviewes sur ces questions (Par ex. V.S.D. du 22-28 juin 2005). Personne ne trouve à y redire.
5 - Ai-je voulu « ME FAIRE DU FRIC SUR LE DOS D'YVAN » ?
A ma demande, mon éditeur verse 30% du prix HT aux comités de soutien qui diffusent le roman, c'est-à-dire trois fois plus qu'il ne me verse en droits d'auteur (1,8 € par exemplaire).
J'assume la charge financière de la promotion du livre et de tous mes déplacements pour assurer divers types de manifestations, notamment des conférences-débats organisées par des comités de soutien. Qu'on soit donc rassuré : la défense d'Yvan Colonna me coûte plus d'argent qu'elle ne m'en rapporte. En donnant ces détails, je n'attends pas qu'on me remercie : j'attends qu'au moins, on ne me crache pas à la figure comme si j'étais le dernier des faussaires !
S'est-on préoccupé de l'argent que gagne l'imprimeur qui tire les tracts ou l'artisan qui fabrique les tee-shirts ? Quel préjugé inconscient se cache-t-il donc derrière ce parti pris contre le livre et l'écrivain ? J'ajoute que si le directeur de l'Aurore a augmenté ses recettes le 13 janvier 1898 parce que ce jour-là, il publiait le fameux « J'accuse » de Zola, c'était tant mieux. Tant mieux pour Dreyfus !
C.B.T. a exprimé son opposition aux collectes d'argent. Si on la suivait, cela signifierait qu'au nom d'on ne sait quelle pureté, on laisserait aux parents d'Yvan l'immense fardeau des frais entraînés par cette interminable affaire. Je me fais pour ma part une autre idée de la solidarité.
6 – Ai-je voulu « ME FAIRE DE LA NOTORIETE SUR LE DOS D'YVAN » ?
C'est pour un autre de mes romans que j'ai obtenu le Prix La Plume de Fébus (à l'unanimité du jury) et le Grand Prix de la Ville de Toulouse. Pour Yvan, il aurait mieux valu que ces prix soient attribués au « Roman de Ghjuvanni Stéphagèse ».
J'ai animé pendant 20 ans deux festivals de musique ; pendant la plus grande partie de ma vie professionnelle, j'ai enseigné dans des classes post-bac ; j'ai milité sur le plan politique et syndical et j'ai eu quelques responsabilités dans ces domaines : ces activités et les lecteurs conquis auparavant constituent la base de mes « réseaux ». Je les ai mis au service de la cause d'Yvan.
Je lui ai ainsi gagné tout un public loin d'être acquis d'avance. A quoi cela servirait-il de convaincre les convaincus ? Les tableaux de vente du livre prouvent que les réseaux de l'auteur et ceux des comités de soutien se sont mutuellement confortés et c'est tant mieux.
Je n'ai donc pas attendu l'affaire Colonna pour mener une vie tournée vers le public. Et s'il est vrai que ce roman-là a été lu par des milliers de lecteurs, s'il est vrai aussi qu'il a donné lieu à plusieurs interviewes ou articles dans divers périodiques ou sur diverses chaînes de radio et de télévision, la couverture médiatique n'a guère été plus importante que pour le roman précédent, « Raphaëlle ou l'Ordre des Choses ». Pourquoi ? Parce que écrire sur l'affaire Colonna fait de vous un pestiféré pour la plupart des éditeurs, la plupart des journalistes, la quasi totalité des partis politiques, et pour une grande partie du public... En revanche, quand j'ai été lu,
beaucoup de mes lecteurs hostiles à Yvan a priori, ont avoué avoir été retournés par le roman.
QUELQUES REFLEXIONS ET PRINCIPES
Pourquoi j'ai choisi la forme du roman ?
Le roman joue sur d'autres registres que l'ouvrage documentaire. Il donne une incomparable liberté de ton et de récit ; il autorise à mêler les genres et les matériaux, la fiction et la réalité; il s'adresse à la raison comme à la sensibilité. Ainsi, par exemple, il permet de se battre à armes égales sur le point suivant. L'un des atouts majeurs de l'accusation, c'est Madame Erignac qui a tellement ému l'opinion et les journalistes. Cela m'a conduit à valoriser dans mon roman deux figures féminines emblématiques : celle de la mère et celle de la compagne. Elles sont là, telles que je les évoque, pour contrebalancer la figure tragique de la veuve et apporter une touche d'humanité.
Il fallait montrer qu'un accusé, ce n'est pas une figure désincarnée. C'est au contraire quelqu'un qui a une vie, des passions, des proches... Il fallait montrer qu'une condamnation, n'engage pas le seul condamné ; derrière, il y a la souffrance d'une famille, de tout un groupe... L'un des éditeurs qui aurait volontiers édité le roman m'a écrit très justement: “ Le parti pris de votre ouvrage, s'écartant de l'habituel ouvrage journalistique additionnant faits et hypothèses, est de faire pénétrer le lecteur au coeur du système familial, de l'intimité de l'intéressé”. Je ne saurais mieux dire. Le mérite de la littérature, qui constitue une part des lectures d'Yvan, c'est, entre autres, de donner de l'épaisseur humaine au récit.
Pourquoi cette polémique sans fondement réel est-elle particulièrement mal venue ?
D'une part, la publication unilatérale des attaques a créé le trouble et la division. Elle a donc affaibli le camp de ceux qui militent pour que l'innocence d'Yvan soit reconnue. C'est dommageable à un moment où la mobilisation est difficile. On oublie ainsi que ce qui nous rapproche tous est infiniment plus important que ce qui pourrait nous séparer.
D'autre part, on évite ainsi d'aborder de façon dépassionnée et constructive le problème capital de la communication dans l'affaire Colonna. Cette communication a-t-elle été jusqu'ici suffisante et efficace ? S'est-elle donné les moyens de convaincre le plus grand nombre et de faire reculer les promoteurs et les complices du déni de justice ? La réponse est évidente. La meilleure preuve ? La porte-parole de la famille et son entourage viennent de créer une association loi 1901 dont l'objet affirmé est « la sensibilisation de l'opinion publique en France et à l'étranger ».
Je ne dis pas autre chose !
Yvan n'est pas un communicant. Personne ne songe à le lui reprocher. Mais le silence qu'il observe et dont ses adversaires profitent, doit-il être la règle absolue de ceux qui veulent faire triompher la vérité ? Là aussi, la réponse est évidente : l'existence même des comités de soutien dont la vocation est d'intervenir auprès de l'opinion publique ( pétitions, tracts, ventes de tee- shirts, manifestations diverses... ) prouve que notre volonté est, précisément, de nous exprimer.
Non pas à la place d'Yvan mais de notre place de citoyens indignés par ce que révèle l'affaire Colonna.
Au fil des mois, tout récemment encore et pas seulement en Corse, différentes affaires montrent, à quel point on laisse la voie libre aux dérives policières. Le camp liberticide dispose de tous les moyens. Roger Marion annonce publiquement la sortie d'un film sur l'affaire Erignac. Avec un tel propagandiste, on en imagine la thèse : elle sera défavorable à Yvan. Et nous, nous devrions nous contenter de distribuer des tracts et de vendre des tee-shirts ? Cela, parce qu'Yvan n'aurait pas donné son accord pour d'autres formes de communication ? Il est certes, concerné au premier chef. Mais le scandale d'Etat va bien au-delà de sa personne et de la Corse. Penser le contraire, avoir la naïveté de croire que, sans rapport de forces favorable, l'appareil judiciaire antiterroriste pourrait se convertir spontanément au respect de la Justice et de la Vérité, c'est minimiser la portée de l'événement et se priver des alliés qui devraient être les nôtres. Et donc risquer de se condamner à l'échec.
Comment lutter pour Yvan ?
D'un côté on entoure Yvan surtout sur le plan affectif. Cette forme d'intervention s'exprime majoritairement sur le site. Elle est honorable et utile. Mais elle peut entraîner la tentation de rester entre gens qui éprouvent les mêmes sentiments et les mêmes convictions, entre Corses aussi, parfois. De l'autre côté, on se bat d'abord au nom des principes républicains parce que le déni de justice est une menace pour tous. Dès lors, Yvan est devenu, malgré lui, l'emblème et le symbole d'une cause qui va bien au-delà de sa personne. Sa victoire serait celle de tous. Comme le serait sa défaite. Cette action vise à convaincre le plus de monde possible : notamment ceux qui sont hostiles à Yvan (la plupart du temps sur la base de préjugés anticorses et antinationalistes).
Ces deux formes d'action peuvent être pratiquées par les mêmes personnes. Il appartient à chacun – dans les limites légales - de trouver les formes du combat qui lui conviennent le mieux.
Pour ma part :
Pour ma part, j'ai écrit ce roman parce que je ne pouvais pas faire autrement. J'obéis à la règle d'Antigone : il faut toujours faire ce qu'on peut faire. A partir du moment où j'avais réuni la somme d'informations dont j'ai parlé, à partir du moment où certains s'étaient confiés à moi à leurs risques et périls, à partir du moment où s'établissait clairement dans mon esprit la démonstration qu'Yvan était innocent, je ne vois pas comment j'aurais pu garder tout cela pour moi. C'est pour le coup qu'on aurait pu m'accuser d'être un renégat.
Une vraie question se pose : le livre écrit est-il efficace ou non ? La conclusion d'un article de Michel Seyrat qui vient de paraître en février dans un mensuel catholique apporte un élément de réponse : « Et si le roman disait vrai ? De cela, on est convaincu en fermant le livre ! ». On s'étonnera donc que tout l'effort de certains vise à en paralyser la diffusion et la lecture. Sauf si leurs vraies motivations sont ailleurs que dans l'intérêt de la vérité et la libération d'Yvan.
Je vais animer chaque fois qu'on me le demande des réunions-débats, sans compter les centaines
de discussions que j'ai dans les salons du livre auxquels je participe. On reconnaît en général ma
connaissance du dossier ainsi que le caractère efficace et pédagogique de l'argumentaire. Si on veut
s'en assurer, on peut prendre contact avec Stéphane DARNAUD de La Ciotat. Il a réalisé une vidéo
à partir de la réunion publique que j'ai animée le 5 décembre dans cette ville. Il la diffuse pour un
prix modique et les bénéfices sont entièrement destinés au Comité de Soutien
(stephanedarnaud@free.fr).
En conclusion : loin d'avoir « utilisé » Yvan Colonna à mon profit personnel, j'ai mis au service de la cause qu'il incarne une part de mon temps, de mon énergie, de ma tranquillité, de mon argent, un certain savoir-faire, et, certains me le disent, ma sécurité... De quoi faudrait-il donc que je me sente coupable ?
Yvan ne m'a, certes, rien demandé. Je fais ce que je fais parce que cela me paraît juste. Et ce que je crois juste, c'est mon affaire à moi. Je ne laisserai personne intervenir dans ce champ de ma liberté. Je continuerai donc à oeuvrer dans le même sens quoi qu'il advienne.
Roland LAURETTE
16:24 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
01.11.2009
Préface
La poésie contemporaine ne chante plus...
Elle rampe
Elle a cependant le privilège de la distinction...
Elle ne fréquente pas les mots mal famés... elle les ignore
On ne prend les mots qu'avec des gants : à "menstruel" on préfère "périodique", et l'on va répétant qu'il est des termes médicaux qui ne doivent pas sortir des laboratoires et du Codex.
Le snobisme scolaire qui consiste, en poésie, à n'employer que certains mots déterminés, à la priver de certains autres, qu'ils soient techniques, médicaux, populaires ou argotiques, me fait penser au prestige du rince-doigts et du baisemain.
Ce n'est pas le rince-doigts qui fait les mains propres ni le baisemain qui fait la tendresse.
Ce n'est pas le mot qui fait la poésie, mais la poésie qui illustre le mot.
Les écrivains qui ont recours à leurs doigts pour savoir s'ils ont leur compte de pieds, ne sont pas des poètes, ce sont des dactylographes.
Le poète d'aujourd'hui doit être d'une caste, d'un parti ou du Tout-Paris.
Le poète qui ne se soumet pas est un homme mutilé.
La poésie est une clameur.
Elle doit être entendue comme la musique.
Toute poésie destinée à n'être que lue et enfermée dans sa typographie, n'est pas finie. Elle ne prend son sexe qu'avec la corde vocale, tout comme le violon prend le sien avec l'archet qui le touche.
L'embrigadement est un signe des temps.
De notre temps
Les hommes qui pensent en rond ont les idées courbes.
Les sociétés littéraires c'est encore la Société.
La pensée mise en commun est une pensée commune.
Mozart est mort seul, Accompagné à la fosse commune par un chien et des fantômes. Renoir avait les doigts crochus de rhumatismes.
Ravel avait dans la tête une tumeur qui lui suça d'un coup toute sa musique.
Beethoven était sourd. Il fallut quêter pour enterrer Béla Bartok. Rutebeuf avait faim. Villon volait pour manger. Tout le monde s'en fout...
L'Art n'est pas un bureau d'anthropométrie !
La Lumière ne se fait que sur les tombes...
Nous vivons une époque épique et nous n'avons plus rien d'épique
La musique se vend comme le savon à barbe.
Pour que le désespoir même se vende il ne reste qu'à en trouver la formule.
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Qui donc inventera le désespoir ?
Avec nos avions qui dament le pion au soleil,
Avec nos magnétophones qui se souviennent de "ces voix qui se sont tues",
Avec nos âmes en rade au milieu des rues,
Nous sommes au bord du vide,
Ficelés dans nos paquets de viande,
A regarder passer les révolutions
N'oubliez jamais que ce qu'il y a d'encombrant dans la Morale,
C'est que c'est toujours la Morale des autres.
Les plus beaux chants sont des chants de revendications
Le vers doit faire l'amour dans la tête des populations.
A L'ÉCOLE DE LA POÉSIE ON N'APPREND PAS ON SE BAT !
(Léo Ferré, Préface de "Poètes, vos papiers !")
18:22 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


